PARKLANDS

Les origines du texte : la tuerie de Parkland en février 2018

Tous les deux ans, les éditions Lansman organisent la Scène aux ados et demandent à une petite dizaine d’auteurs contemporains d’écrire des pièces destinées ensuite à être jouées par des adolescents dans plusieurs lycées et centres culturels belges. J’y participe cette année et pensais écrire sur le mouvement mené par les adolescents de Parkland contre la NRA après le nouveau massacre en février 2018.

Ce mouvement a débuté par le discours d’Emma Gonzales qui est passé ensuite sur tous les écrans du monde. Le grand mérite de ce discours est de politiser le débat sur les armes.

Aux Etats-Unis, la présence des armes au quotidien n’est pas questionnée. C’est pour certains une liberté essentielle, pour d’autres un épouvantable gâchis, mais cela fait toujours partie de la vie. Le port d’arme est « culturel ». C’est ce que remettent en cause les lycéens de Parkland en dénonçant, entre autres, les intérêts économiques qui conduisent cette « culture ». Ce qui m’a intéressé également dans ce mouvement, ce sont ces jeunes gens qui redonnent aux adultes le souffle, la force de se battre.

Marche pour la paix

J’ai eu envie d’écrire sur eux. Puis, je me suis ravisée, pensant que le port d’armes était pour nous, Européens, quelque chose d’exotique. J’ai cherché un équivalent à cette menace constante, pourtant acceptée de tous, face à laquelle on baisse les bras, parce que le pas « culturel » serait trop grand, parce que les intérêts économiques trop forts. Et cet équivalent, pour moi, aujourd’hui, c’est la pollution.

J’ai élaboré le scénario en août 2018. Depuis, ma ville d’adoption, Lille, est classée parmi les plus polluées de France. Depuis, sous l’impulsion des Belges Kyra Gantois et d’Anuna De Wever, des lycéens se mobilisent partout en Europe. Comme eux, je suis convaincue que l’urgence est grande et que nous avons besoin de fictions positives sur le droit de l’environnement que je souhaite défendre ce texte en France en le portant sur scène avec des comédiens et des lycéens amateurs.

 Le texte : la révolte de lycéens contre la pollution

Parklands sera publié au printemps 2019 dans le recueil de la Scène aux ados, au côté des pièces de Luc Malghem, Sarah Pepe, Thierry Simon, Isabelle Dekaise, François Salmon, Stéphanie Mangez, Caroline Logiou. C’est un choeurologue. Ni un monologue. Ni un chœur. Ecrit pour pouvoir être porté par trois ou quinze voix.

Le texte est dynamique, tranché. Il alterne récit, dialogues, prises de paroles en public, chœurs des asthmatiques… Il commence lors de l’enterrement des dix-sept camarades de classes morts de complications respiratoires et de cancers suite à la pollution et se poursuit sur des manifestations, prises de paroles, débats contradictoires. Les adolescents rencontrent un avocat spécialiste du droit de l’environnement et décident avec son aide de se lancer dans une action de grande envergure.

C’est-à-dire qu’on était là à les regarder passer avec leurs visages de déterrés, on les regardait sortir de leurs voitures, parce qu’ils avaient fait le trajet depuis l’église en voiture. La femme restait dans la voiture, le moteur encore allumé, le temps que l’homme passe devant nous pour nous dire que – On l’écoutait même pas, on observait. On était capables d’observer en même temps l’homme avancer vers nous, nous parler, et sa femme dans la voiture, le moteur encore allumé, avec la fumée qui s’échappait insidieusement du pot d’échappement, capables de regarder et la fumée et ses lèvres à lui qui bougeaient. Mais on n’écoutait pas. Ça, on s’était promis de ne pas écouter toutes les conneries qu’ils allaient pouvoir vomir à cette occasion, car une occasion comme celle-là, il n’y en a pas souvent, une occasion comme celle-là, pour se montrer, arriver avec la voiture et la femme qui reste dedans. Elle est venue à la cérémonie, mais elle préfère rester dans la voiture, elle est bouleversée. On l’a vu qu’elle était bouleversée ta femme, tout le monde est bouleversé, nous, on observe. On sera bouleversés plus tard. On s’est promis ça, on tient. […] On observe l’homme sortir de sa voiture l’air bouleversé mais l’air seulement car il pense déjà à faire la leçon devant tout le monde, les camarades, les familles, les habitants et la presse : et la santé des jeunes et bien manger et faire du sport et toutes les conneries qu’ils nous sortent toujours pour surtout qu’on lui pose pas la question : comment ça se fait que des jeunes en pleine santé meurent de maladies fulgurantes dans cette ville ? Et combien de temps ça va durer ?

 

Intentions de mise en scène 

Tout n’est pas encore clair dans les axes de mise en scène, mais voici ce qui se dessine pour l’instant. J’imagine une mise en scène simple, radicale. Le public est rentré. Les spectateurs sont installés. La lumière public n’est pas encore éteinte. On attend le spectacle. Une jeune femme se lève et commence à parler. Suivie par un adolescent. Puis par une troisième personne. Ils racontent. Si c’est plus simple pour se faire entendre, ils montent sur scène. Ou encore si la configuration de la salle le permet, ils restent prêts des spectateurs et n’utilisent le plateau qu’à certains moments choisis comme le discours d’Olga, hommage à celui d’Emma Gonzales, ou la plaidoirie finale.

Tout est dans la proximité avec les spectateurs. Je souhaite que les spectateurs se sentent si proches des interprètes qu’ils pourraient presque se sentir autorisés intervenir. Et pour autant, je souhaite qu’ils ne se sentent à aucun moment pris en otage. Tout est une question d’équilibre. Plus le texte avance, plus les acteurs professionnels sont rejoints par des amateurs, lycéens, étudiants, quelques adultes… formés lors d’une ou deux après-midis de répétition.

C’est le petit matin. Le froid et l’humidité nous prennent d’assaut. Nous avançons groupés. Rats, renards, chiens. Chiens, chats. Hérissons, souris. Et singes échappés du zoo. Serrés les uns contre les autres, nous avançons. Pigeons, pies, canards, rasant les toits. Cancrelats, punaises, moucherons, moustiques, se faufilant entre les pierres, les pissenlits, les mauves, les fleurs de moutarde et de carottes, entre les orties et la camomille sauvage. L’air. Le vent.

La vie qui résiste.

C’est nous.

 Le texte se clôt sur une plaidoirie qui se transforme en chant poétique pour la nature.

Cette dernière partie sera accompagnée d’une image forte, très théâtrale, à la manière de ce que nous avons travaillé sur ENFANTS dans l’apparition du Père Noël. Cette image, je ne l’ai pas encore trouvée. Elle viendra. Elle est sur le bout de ma langue. Mais elle ne manquera pas d’être inspirée par les luttes climatiques mondiales, par le travail de Charles Fréger, Les hommes sauvages, par les images de friches industrielles.

 

Charles Fréger
Les hommes sauvages, Charles Fréger

 

 

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