Nouvelles de l’hiver

Les nouvelles du printemps :

La Lune qui gronde va porter avec Parking / Parklands / Parcours l’appel à projet des Fabriques culturelles « il est urgent de ralentir ».

Découverte du travail merveilleux du street-artiste David de La Mano.

15 mars : grande journée de mobilisation de Youth for Climate partout dans le monde et en France. Je continue d’écrire PARKLANDS nourrie de cette ferveur.

Bientôt : le 19 mai verra le jour un spectacle participatif, ELLE ET LUI, dans le Bassin Minier en partenariat avec la romancière Fanny Chiarello, la Clef des chants et le conservatoire de musique de Liévin.

Fin mai, nous serons en résidence à l’Oiseau Mouche pour LA SOLITUDE DU PUNCHING BALL.

Les nouvelles de l’hiver :

L’hiver est bel et bien arrivé. Plus que jamais il m’apparaît urgent d’écrire sur la justice climatique et le droit de l’environnement. Penser la nature comme sujet de droit.

PARKLANDS : à l’espace 188, le 16 février 2019, lecture du texte en cours d’écriture

LA SOLITUDE DU PUNCHING BALL : première résidence de travail, à l’espace 188, en janvier 2019

Les nouvelles de l’automne :

Reprise d’ENFANTS à Liévin et Isbergues les 23 et 30 novembre 2018.

Résidence d’écriture à la Comédie de Béthune en octobre 2018.

La Lune qui gronde rejoint la coop du 188 pour partager espace de travail et temps d’échange.

Deux nouveaux textes sont en cours d’écriture dans lesquels le respect de la nature, de la vie et des hommes apparaissent comme intrinsèquement liés  : Parkland, un texte à destination des adolescents (dans le cadre de la scène aux ados organisée par les Editions Lansman) et Le Splendide Hotel.

En 2180 après-JC, dans une localité autrefois appelée Calais, s’étend au bord de la plage un grand hôtel de luxe. Il y a encore vingt ou trente ans, c’était un hôtel très prisé, avec bungalows de luxe et jardins privatifs, roseraies, orangeraies, palmeraies… Aujourd’hui se retrouvent dans cet oasis protégé de hauts murs les hommes les plus riches de la planète. Quelques fantômes les accompagnent, fantômes de migrants climatiques et de calaisiens expropriés, fantômes d’espèces animales disparues…

Nourrie au biberon de SHINING, cette pièce allie plusieurs dimensions : le thriller, le fantastique et la parole poétique et se joue sur deux périodes : le « présent » (env 2180) et le passé ( env 2100). Elle met en scène un homme d’affaire en géo-ingénierie, un ministre (qui n’arrive pas), le personnel de l’hôtel, une petite fille sourde-muette, son arrière grand-mère…, deux femmes qui ont le shining. Je cherche aussi à faire s’exprimer la nature par les personnages, comme si elle avait une voix et comme si elle prenait possession d’eux.

Cette pièce est encore en cours d’écriture après deux résidences, l’une au centre des écritures dramatiques de Wallonie, l’autre au CDN de Béthune. Je la souhaite agressive sur la question de l’urgence climatique, sans être catastrophiste.

Printemps 2018

La Lune qui gronde mène une résidence d’artiste printanière : travail de recherche, expérimentations et représentations auprès des usagers et professionnels des Esat, Ime, Soa et Sessad du Ternois.

Prochaines dates d’ENFANTS

Le 15 mars à 17h : lecture dans le cadre de la journée d’étude FEMMES EN RESISTANCE, organisée par l’IUT SHS de l’Université Lille 3.
IUT SHS- 35 rue Sainte-Barbe – 59200 TOURCOING
Réservation par mail : journee.des.femmes.iutlille@gmail.com
Le 7 février à 19h, le 8 février à 20h30, le 9 février à 20h30 à L’oiseau Mouche, Roubaix / Réservations au 03 20 65 96 50
Le 26 janvier à 20h30 au Centre Ronny Coutteure de Grenay / Réservations au 03 21 45 69 50

 

 

 

 

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Mission d’Appui Artistique 2018

Notes en vrac MIAA_Page_1La Lune qui gronde a travaillé en partenariat avec l’IME, l’ESAT et le SESSAD de St Michel et St Pol sur Ternoise pendant trois mois en 2018. Cette Mission d’Appui Artistique, financée par la DRAC et l’ARS Hauts de France, offrait une grande liberté d’agir. Muriel Cocquet, Pauline Guiffard et Anaïs Gheeraert ont donc pu avec les usagers et professionnels des structures :

  • faire ensemble : aller en librairie, au théâtre, créer des fêtes, des surprises dansées et costumées dans les établissements, des veillées, aller à Roubaix assister à l’enregistrement de l’émission de radio les Z’entonnoirs
  • transmettre : faire du théâtre action avec les usagers, avec le personnel
  • laisser faire : remettre à plusieurs usagers des enregistreurs et leur proposer de réaliser des reportages sonores, être écrivain public
  • réaliser : en faire un CD
  • expérimenter : faire un travail vocal inspiré de l’écoute de l’oeuvre de Mérédith Monk
  • jouer : représenter ENFANTS et BARBE BLEUE (spectacle avec les amateurs du Centre social de Liévin)
  • créer : créer et jouer une petite forme « le feu est vert » pour questionner ce que c’est que le travail, inspirée des reportages sonores, de l’oeuvre plastique d’un enfant et de l’Histoire de La Folie de Michel Foucault

 

 

L’équipe du spectacle ENFANTS

Thomas Le Gloannec, comédien

Comédien, improvisateur, clown, et producteur, Thomas est formé au conservatoire de Poitiers, promo CEPIT 2009, où il travaille avec Jean-Pierre Berthomier, Agnès Delume, Étienne Pommeret, Alan Fairbairn, Cyril Teste, Matthieu Roy, il participe en parallèle à la Ligue d’improvisation et au groupe de recherche chorégraphique universitaire avec Hervé Diasnas, Daniel Dobbels, Jacquie Taffanel. Il joue dans Un doux reniement de Christophe Pellet mis en scène par Anne Théron, une adaptation de L’écume des jours de Boris Vian, rôle de Chick, plusieurs pièces d’Howard Barker : Les européens, rôle de l’empereur ; Gertrude, mis en scène par Emilie le Borgne, rôle d’Albert ; Le cas Blanche neige, Le roi. Il interprète également le médecin dans 4.48 Psychose de Sarah Kane, mis en scène par Marina Brachet ; Mat, dans En difficulté de Remi de Vos, mis en scène par Jean Boillot ; Alan dans La veillée de Lars Noren mis en scène par Mélissa Thomas ; Antoine, dans Juste la fin du Monde de Jean-Luc Lagarce ; Sorine dans une adaptation de la Mouette ; le Roi Duncan dans Macbeth mis en scène par Pierre Porcheron. Il s’adonne à de nombreuses formes improvisées, cabarets, catch et match d’impros, écritures personnelles, stand-up, flux verbaux, improvisation à la radio, vidéos.

En 2014, à l’occasion de la création d’un duo de clown, L’heure du ZugZwang, au Prato à Lille, il y installe sa compagnie Les Bourgeois de Kiev, qu’il co-dirige avec Antoine Suarez-Pazos. Il joue dans Temps, Espace, Existence un duo burlesque en appartement, d’après un texte de Daniil Harms, est assistant à la mise en scène et producteur sur le Chemin des passes Dangereuses, de Michel-Marc Bouchard et monte la production de Two_be, coproduit par le Phenix, scène nationale de Valenciennes et par le Prato tout en y apportant son regard artistique.Aujourd’hui, Il dirige sa démarche artistique autour du jeu théâtral par l’écriture, le clown et l’improvisation et joue le rôle de Jan dans la nouvelle création de la Lune qui Gronde : Enfants.

Emilie Guil, comédienne

Après sa formation de comédienne au conservatoire de Roubaix, puis à l’école supérieure d’acteurs du Conservatoire Royal de Liège, Emilie prend part à la création collective Grève 60, dans le cadre du projet Rêve Général, Cie Art &t ça, production Arsenic2 à Liège. De retour à Lille, elle travaille comme comédienne avec Muriel Cocquet (Il Faut tuer Carrie !), Nicolas Serluppus (Paroles d’Exilées, cie Etc etc etc) et Boris Dymny à l’occasion d’actions menées à destinations des terrains roms avec le Di mini teatro (commedia dell’arte). Elle collabore plus récemment avec Louise Wailly (cie Proteo) pour la première étape de la création L’Apocalypse selon Günter.

Passionnée depuis toujours par l’expression vocale, Emilie a rencontré de nombreuses approches en se formant auprès du Workcenter of Grotowski and Thomas Richards, du Centre Artistique International Roy Hart, et continue de se former au chant jazz et à l’improvisation au Conservatoire de Tourcoing. Emilie accorde une place importante à la pédagogie du jeu d’acteur et se spécialise dans la technique de Michael Chekhov auprès de Lenard Petit et Natalie Yalon au Studio Michael Chekhov de Bruxelles. Elle assiste cette dernière

Luc Michel, scénographe et créateur lumière

Après une licence de philosophie à la Sorbonne en 2011, et un diplôme de l’ENSATT en tant que Réalisateur Lumière en 2014, Luc Michel s’investit dans un travail de création lumière et de collaboration artistique avec de jeunes compagnies entre Toulouse, Lyon, Paris et Amiens. Il est en collaboration avec des compagnies telles que L’Eventuel Hérisson Bleu (Oise), La Résolue (Rhône), La Lune qui gronde (Nord), Sur la cime des actes (Haute-Garonne).

En 2015, il va travailler durant six mois dans l’Etat de New York. Il participe au Glimmerglass Festival Opera pour observer le travail de Robert Wierzel, et réalise plusieurs créations lumières pour une jeune compagnie newyorkaise The Brewing Department. Il assiste à plusieurs masterclasses à la NYU-Tisch.

Il revient en 2016 en France avec pour but d’étendre sa pratique à la scénographie, à la régie générale et à l’assistanat à la mise en scène.

Esteban Fernandez, compositeur

Soutenu par la Drac, dans le cadre d’un Pas à Pas chez ArtZoyd (2015-2016), Esteban Fernandez est compositeur, multi-instrumentiste et chanteur. Il a travaillé notamment aux côtés de Philippe Asselin (Espace Pasolini), de Pascal Pesez (Musée des Beaux Arts de Valenciennes) à la création de performances. Il a composé des musiques de spectacles et créé des dispositifs sonores originaux pour Olivier Normand, la compagnie Zapoï, l’Espace Pasolini, la compagnie Velum, La Lune qui gronde.

Il poursuit sa propre recherche artistique à travers ses compositions  et à travers son groupe, qui s’est produit en ouverture des concerts de Loïc Lantoine, d’Arthur H, de Thomas Fersen, de Jean Louis Murat, et dernièrement à La Cave aux Poètes (Roubaix). Chanson rock / chanson française en recherche constante, la musique d’Esteban Fernandez se structure autour d’un travail sur l’analogique, l’acoustique et l’électrique. Elle est traversée par les œuvres d’Alain Bashung, Benjamin Biolay,  Nick Cave, Swans, Léo Ferré, Arno.

LA SOLITUDE DU PUNCHING BALL

De et avec Anaïs Gheeraert et Muriel Cocquet

Aux origines du travail : la rencontre avec les usagers de l’A.S.R.L. du Ternois

Dans le cadre d’une MIAA (Mission d’Appui Artistique DRAC-ARS) au printemps dernier dans le Ternois, Muriel Cocquet et Anaïs Gheeraert commencé un travail autour de la déficience, de la folie et du travail. Elles ont créé une petite forme, « Le feu est vert », avec au plateau : Damien, usager et plasticien, Muriel, comédienne, Valérie, Rémi, Damien, Jérémy, usagers des structures, Guillaume, chef de service du SESSAD, Michel Foucault, philosophe, et Montaigne, humaniste.

Le spectacle se construisait à partir et autour du travail plastique de Damien qui dessine des réseaux de routes. Il s’est enrichi de témoignages audio des usagers et de la création sonore réalisée par Pauline Guiffard. Le spectacle durait une trentaine de minutes. Il était très visuel, accessible et ludique. Les usagers y questionnaient avec humour leur rapport au travail ou au « bien faire » pour les plus jeunes d’entre eux.

« Le feu est vert » mettait au travail l’obsession de la normalisation et de l’efficience et interrogeait l’idéal de l’intégration de la personne handicapée en milieu ordinaire ainsi que la place et la forme du travail en milieu adapté.

Mise en scène

Punching ballUne forme tout terrain / Rendre à César, ce qui est à César.

Parce qu’il nous importe que les personnes qui ont su faire émerger notre réflexion sur la vulnérabilité puissent facilement voir le spectacle, nous voulons cette forme tout terrain et plutôt tout public.

Nous souhaitons tourner d’abord une petite forme qui nous permette d’éprouver le travail au contact des publics dans leurs lieux de vie puis une forme plus ambitieuse qui puisse profiter des possibilités techniques d’un théâtre.

Le spectacle ne mettra pas en scène une personne handicapée. Il mettra en jeu des fragilités et des désirs dans lesquels chacun pourra se reconnaître : la vulnérabilité, le besoin d’être aimé, le désir de toute puissance, la colère de l’impuissance, l’incompréhension des normes et des usages sociaux.

Un théâtre de l’absurde

Au plateau, une femme et un punching-ball. Ils se dévoilent à tour de rôle des morceaux d’eux, chacun dans le langage et le rythme qui lui est propre. Puis se rencontrent.

            LUI – Le punching-ball

Vieil intellectuel désabusé, il fume en excès, tousse. Il est dépendant et malade. Esseulé. La présence de l’autre va réveiller chez lui un certain penchant tyrannique. Il s’allume pour marquer son accord ou son désaccord, questionne, interdit, fait la loi et induit la pensée chez l’autre.
Dieu, Mère nourricière, Feu de circulation, Monolithe venu de nulle part, il représente tout autant le sacré que le prosaïque. Sa présence est absurde, incongrue. Elle permet la distance et crée l’humour.

ELLEUn être humain.

Elle déborde d’amour pour Grégoire, d’un amour fusionnel, dévorant, dangereux presque. Le jeu de la comédienne place Grégoire parmi les spectateurs. Ce faisant, le public ne serait-il pas Grégoire ?

Le punching-ball est enfermé dans sa camisole. Elle est mobile, rapide, labile. Elle n’a aucun filtre et dit tout ce qui lui passe par la tête sans se censurer. Elle tente toutes les opérations de séduction, de terreur, avec l’autre et avec le public. Elle est outrancière.

Par des situations de jeu très concrètes, ce personnage nous permet d’entrer dans un rapport direct avec le public. Il se débat avec vigueur et drôlerie contre ce cercle vicieux qui veut que la vulnérabilité rend dépendant, que la dépendance isole, que l’isolement décuple le besoin d’amour et de reconnaissance, que le besoin d’amour rend vulnérable etc. …  Cette fichue quadrature du cercle que nous allons chercher à dynamiter !

Cette forme est pensée comme un parcours métaphorique d’affirmation de soi.

PARKLANDS

Les origines du texte : la tuerie de Parkland en février 2018

Tous les deux ans, les éditions Lansman organisent la Scène aux ados et demandent à une petite dizaine d’auteurs contemporains d’écrire des pièces destinées ensuite à être jouées par des adolescents dans plusieurs lycées et centres culturels belges. J’y participe cette année et pensais écrire sur le mouvement mené par les adolescents de Parkland contre la NRA après le nouveau massacre en février 2018.

Ce mouvement a débuté par le discours d’Emma Gonzales qui est passé ensuite sur tous les écrans du monde. Le grand mérite de ce discours est de politiser le débat sur les armes.

Aux Etats-Unis, la présence des armes au quotidien n’est pas questionnée. C’est pour certains une liberté essentielle, pour d’autres un épouvantable gâchis, mais cela fait toujours partie de la vie. Le port d’arme est « culturel ». C’est ce que remettent en cause les lycéens de Parkland en dénonçant, entre autres, les intérêts économiques qui conduisent cette « culture ». Ce qui m’a intéressé également dans ce mouvement, ce sont ces jeunes gens qui redonnent aux adultes le souffle, la force de se battre.

Marche pour la paix

J’ai eu envie d’écrire sur eux. Puis, je me suis ravisée, pensant que le port d’armes était pour nous, Européens, quelque chose d’exotique. J’ai cherché un équivalent à cette menace constante, pourtant acceptée de tous, face à laquelle on baisse les bras, parce que le pas « culturel » serait trop grand, parce que les intérêts économiques trop forts. Et cet équivalent, pour moi, aujourd’hui, c’est la pollution.

J’ai élaboré le scénario en août 2018. Depuis, ma ville d’adoption, Lille, est classée parmi les plus polluées de France. Depuis, sous l’impulsion des Belges Kyra Gantois et d’Anuna De Wever, des lycéens se mobilisent partout en Europe. Comme eux, je suis convaincue que l’urgence est grande et que nous avons besoin de fictions positives sur le droit de l’environnement que je souhaite défendre ce texte en France en le portant sur scène avec des comédiens et des lycéens amateurs.

 Le texte : la révolte de lycéens contre la pollution

Parklands sera publié au printemps 2019 dans le recueil de la Scène aux ados, au côté des pièces de Luc Malghem, Sarah Pepe, Thierry Simon, Isabelle Dekaise, François Salmon, Stéphanie Mangez, Caroline Logiou. C’est un choeurologue. Ni un monologue. Ni un chœur. Ecrit pour pouvoir être porté par trois ou quinze voix.

Le texte est dynamique, tranché. Il alterne récit, dialogues, prises de paroles en public, chœurs des asthmatiques… Il commence lors de l’enterrement des dix-sept camarades de classes morts de complications respiratoires et de cancers suite à la pollution et se poursuit sur des manifestations, prises de paroles, débats contradictoires. Les adolescents rencontrent un avocat spécialiste du droit de l’environnement et décident avec son aide de se lancer dans une action de grande envergure.

C’est-à-dire qu’on était là à les regarder passer avec leurs visages de déterrés, on les regardait sortir de leurs voitures, parce qu’ils avaient fait le trajet depuis l’église en voiture. La femme restait dans la voiture, le moteur encore allumé, le temps que l’homme passe devant nous pour nous dire que – On l’écoutait même pas, on observait. On était capables d’observer en même temps l’homme avancer vers nous, nous parler, et sa femme dans la voiture, le moteur encore allumé, avec la fumée qui s’échappait insidieusement du pot d’échappement, capables de regarder et la fumée et ses lèvres à lui qui bougeaient. Mais on n’écoutait pas. Ça, on s’était promis de ne pas écouter toutes les conneries qu’ils allaient pouvoir vomir à cette occasion, car une occasion comme celle-là, il n’y en a pas souvent, une occasion comme celle-là, pour se montrer, arriver avec la voiture et la femme qui reste dedans. Elle est venue à la cérémonie, mais elle préfère rester dans la voiture, elle est bouleversée. On l’a vu qu’elle était bouleversée ta femme, tout le monde est bouleversé, nous, on observe. On sera bouleversés plus tard. On s’est promis ça, on tient. […] On observe l’homme sortir de sa voiture l’air bouleversé mais l’air seulement car il pense déjà à faire la leçon devant tout le monde, les camarades, les familles, les habitants et la presse : et la santé des jeunes et bien manger et faire du sport et toutes les conneries qu’ils nous sortent toujours pour surtout qu’on lui pose pas la question : comment ça se fait que des jeunes en pleine santé meurent de maladies fulgurantes dans cette ville ? Et combien de temps ça va durer ?

 

Intentions de mise en scène 

Tout n’est pas encore clair dans les axes de mise en scène, mais voici ce qui se dessine pour l’instant. J’imagine une mise en scène simple, radicale. Le public est rentré. Les spectateurs sont installés. La lumière public n’est pas encore éteinte. On attend le spectacle. Une jeune femme se lève et commence à parler. Suivie par un adolescent. Puis par une troisième personne. Ils racontent. Si c’est plus simple pour se faire entendre, ils montent sur scène. Ou encore si la configuration de la salle le permet, ils restent prêts des spectateurs et n’utilisent le plateau qu’à certains moments choisis comme le discours d’Olga, hommage à celui d’Emma Gonzales, ou la plaidoirie finale.

Tout est dans la proximité avec les spectateurs. Je souhaite que les spectateurs se sentent si proches des interprètes qu’ils pourraient presque se sentir autorisés intervenir. Et pour autant, je souhaite qu’ils ne se sentent à aucun moment pris en otage. Tout est une question d’équilibre. Plus le texte avance, plus les acteurs professionnels sont rejoints par des amateurs, lycéens, étudiants, quelques adultes… formés lors d’une ou deux après-midis de répétition.

C’est le petit matin. Le froid et l’humidité nous prennent d’assaut. Nous avançons groupés. Rats, renards, chiens. Chiens, chats. Hérissons, souris. Et singes échappés du zoo. Serrés les uns contre les autres, nous avançons. Pigeons, pies, canards, rasant les toits. Cancrelats, punaises, moucherons, moustiques, se faufilant entre les pierres, les pissenlits, les mauves, les fleurs de moutarde et de carottes, entre les orties et la camomille sauvage. L’air. Le vent.

La vie qui résiste.

C’est nous.

 Le texte se clôt sur une plaidoirie qui se transforme en chant poétique pour la nature.

Cette dernière partie sera accompagnée d’une image forte, très théâtrale, à la manière de ce que nous avons travaillé sur ENFANTS dans l’apparition du Père Noël. Cette image, je ne l’ai pas encore trouvée. Elle viendra. Elle est sur le bout de ma langue. Mais elle ne manquera pas d’être inspirée par les luttes climatiques mondiales, par le travail de Charles Fréger, Les hommes sauvages, par les images de friches industrielles.

 

Charles Fréger
Les hommes sauvages, Charles Fréger

 

 

LE SPLENDIDE HOTEL

En 2180 après-JC, dans une localité autrefois appelée Calais, s’étend au bord de la plage un grand hôtel de luxe. Il y a encore vingt ou trente ans, c’était un hôtel très prisé, avec bungalows de luxe et jardins privatifs, roseraies, orangeraies, palmeraies… Aujourd’hui se retrouvent dans cet oasis protégé de hauts murs les hommes les plus riches de la planète. Quelques fantômes les accompagnent, fantômes de migrants climatiques et de calaisiens expropriés, fantômes d’espèces animales disparues…

Nourrie au biberon de SHINING, cette pièce allie plusieurs dimensions : le thriller, le fantastique et la parole poétique et se joue sur deux périodes : le « présent » (env 2180) et le passé ( env 2100). Elle met en scène un homme d’affaire en géo-ingénierie, un ministre (qui n’arrive pas), le personnel de l’hôtel, une petite fille sourde-muette, son arrière grand-mère…, deux femmes qui ont le shining. Je cherche aussi à faire s’exprimer la nature par les personnages, comme si elle avait une voix et comme si elle prenait possession d’eux.

Cette pièce est encore en cours d’écriture après deux résidences, l’une au Centre des écritures dramatiques de Wallonie, l’autre au CDN de Béthune. Je la souhaite agressive sur la question de l’urgence climatique, sans être catastrophiste.